Quand aider semble plus rapide
Pendant longtemps, régler les problèmes moi-même me semblait être l’option la plus efficace. Expliquer le contexte, passer en revue les possibilités et discuter d’une solution prenait souvent plus de temps que de simplement le faire. Parfois, c’était vrai. Et parfois, après toute cette discussion, le problème revenait quand même vers moi parce que la personne n’arrivait pas à le régler. C’était frustrant.
Il y avait aussi cette impression que les gens ne comprenaient pas encore vraiment le problème. Pas parce qu’ils n’étaient pas capables, mais parce qu’ils n’avaient pas le même contexte. À ce moment-là, intervenir me semblait justifié. Alors je continuais d’aider. C’était pratique. Ça faisait avancer les choses.
Avant, je prenais cette rapidité comme la preuve que j’aidais l’équipe. Avec le temps, j’ai commencé à voir que j’entraînais aussi le système à renvoyer les décisions vers moi.
Quand l'efficacité commence à se disperser
Petit à petit, cette efficacité a commencé à s’effriter. Pas d’un coup. Lentement. J’aidais l’équipe, j’essayais de terminer mon propre travail dans le sprint et je restais impliqué dans les décisions. Pris séparément, chacun de ces éléments avait du sens. Ensemble, ils étiraient mon attention dans tous les sens.
J’ai commencé à remarquer que je n’étais plus particulièrement bon dans aucun d’eux. C’est là qu’un schéma est devenu plus clair.
Voir le goulot d'étranglement se former
Les gens venaient me voir de plus en plus souvent. Parfois pour des choses auxquelles ils auraient pu répondre eux-mêmes. Parfois pour aider quelqu’un d’autre au lieu d’aider directement. J’étais devenu le chemin le plus court. Pas volontairement. Simplement parce que j’étais disponible et que je répondais vite.
C’est là que j’ai compris que ce n’était pas une question de travailler plus fort ou d’aider plus vite. C’était une question d’échelle. Tant que je restais au milieu, tout passait par moi. Il fallait que quelque chose change.
Changer ma façon d'aider
Laisser aller ne voulait pas dire décrocher. Ça voulait dire ralentir le moment où j’intervenais. Au lieu de répondre tout de suite, j’ai commencé à demander ce que les gens avaient déjà regardé, ce qu’ils en pensaient et comment ils aborderaient le problème. Ce changement était intentionnel.
Il ne retirait pas mon implication, mais il changeait sa forme. Aider devenait moins une affaire de donner des réponses et plus une affaire de raffiner le raisonnement. Au début, ça paraissait plus lent. Parfois inconfortable.
Accepter un résultat plus brouillon
Ça n’a pas rendu les choses plus propres. Les gens ont commencé à prendre davantage de décisions, ce qui était justement le but. Mais ça voulait aussi dire plus de discussions par la suite. Plus de débats. Plus de remue-méninges avec des personnes qui n’étaient pas d’accord avec une direction donnée.
Souvent, elles voulaient encore une forme de reconnaissance. Pas une permission, mais la confirmation que leur raisonnement tenait la route. Ça prend du temps. La différence, c’est que les décisions ne dépendent plus du fait que je sois disponible. Les choses peuvent avancer même quand je ne suis pas là, ou quand je suis en vacances.
Ce qui a vraiment changé
Ce changement n’a pas libéré mon agenda. Ce qu’il a changé, c’est l’endroit où le système dépend de moi. Je passe moins de temps à régler des problèmes en vase clos. Je passe plus de temps à créer de l’alignement, à revoir les façons de penser et à aider les gens à peser les compromis.
Ce n’est pas plus rapide. Mais ça passe à l’échelle. Et avec le temps, ça rend l’équipe moins dépendante du fait que je sois au milieu de tout.
- Patrick